coup_de_coeur

La_voleuse_de_livres___couverture4ème de couverture :

"1939, en Allemagne nazie. Le pays retient son souffle. La mort n'a jamais été aussi occupée et jamais elle ne le sera autant.


Un roman où il est question :
d'une fillette
de mots
d'un accordéoniste
de fanatiques
d'un boxeur juif
d'un certain nombre de vols...


C'est la mort elle-même qui raconte cette histoire. Dotée d'un humour noir, sarcastique, mais compatissant, elle est témoin de la folie des hommes. Tout semble perdu d'avance, sauf quand se distinguent des enfants rebelles et des Allemands qui n'obéissent pas aux règles...

Quand la mort vous raconte une histoire, vous avez tout intérêt à l'écouter."

Effectivement, comment ne pas écouter avec intérêt et émotion le récit des jeunes années de Liesel Meminger qui, pendant les années de guerre, a croisé aussi bien la noirceur de certains hommes que la grande bonté des autres? Qui a découvert le pouvoir des livres et des mots, apaisant et salvateur, au sens littéral du terme. Qui, à travers sa petite histoire, nous fait entrevoir les sursauts de la grande...


Qu'est ce que j'en ai pensé ?

Autant le dire ce livre est un gros coup de cœur ! ! Quand je l'ai ouvert, je ne pensais pas être tant captivée par un "livre jeunesse" (qui d'ailleurs peut être lu avec un grand plaisir, et à différents niveaux, à tous les âges).

Mais il faut avouer que j'ai été charmée par la forme et très touchée par le fond du livre.

Concernant la forme, le style de Zusak est limpide et la mise en page particulièrement agréable. La grande originalité tient dans la personnalité du narrateur : il s'agit de la mort elle-même. Mais une mort telle qu'on ne l'imaginerait pas.  Zusak ne présente pas la grande faucheuse froide et aveugle, mais une entité presque humaine, capable de ressentir de la pitié, de l'affection pour ceux qu'elle emporte.

"Je l'ai emporté avec précaution le long de la rue défoncée, l'œil humide et le cœur mortellement lourd. Pour lui, j'ai fait un effort particulier. J'ai examiné le contenu de son âme et j'ai vu un garçon peinturluré en noir qui criait le nom de Jesse Owens en passant une ligne d'arrivée imaginaire. J'ai vu un garçon qui tentait d'attraper un livre, avec de l'eau glacée jusqu'à la taille. Je l'ai vu dans son lit, en train d'imaginer à quoi ressemblait un baiser de sa merveilleuse voisine. Il me touche ce gamin. A chaque fois. C'est son seul défaut. Il me fend le cœur. Il me fait pleurer."

Concernant le fond, ce roman m'a fait passer à travers toute une palette de sentiments.

Affection pour Liesel, petite écorchée vive, espiègle, un peu garçon manqué, au caractère bien trempé et dotée d'un cœur  immense. (C'est simple, si un jour j'ai une fille, je veux la même ! ! Même la mort est tombée sous son charme et l'a épargnée deux fois, c'est dire...). Pour Hans Hubermann également, l'Homme avec un grand H : plein d'humanité, épris de justice.

Nostalgie devant les aventures cocasses de l'intrépide duo constitué de Liesel et Rudy. Un retour à l'enfance insouciante, brusquement confrontée à des enjeux qui la dépassent.

Envie de rire devant l'ironie noire de certains situations (le summum étant quand même le clandestin juif sauvé par Mein Kampf !).

Inquiétude pour Max, le "miroir" juif de Liesel, frère de substitution.

Réflexion sur le pouvoir des mots, qui au pire, transforment des êtres humains en troupeau plein de haine et de colère ou, au mieux, soignent les blessures de l'âme et rappellent à l'homme sa grandeur et sa dignité.

Consternation devant la fatalité qui frappe aveuglément et les coups du sort qui s'acharnent.

Profonde émotion face à l'ambivalence des personnages : personne n'est entièrement bon ou mauvais, tous vivent avec leurs souvenirs douloureux, leurs peurs des représailles, leurs angoisses de l'avenir, mais tentent malgré tout de suivre leur conscience, de résister à leur manière, que ce soit en cachant un juif, en dessinant sur les murs, en refusant de se séparer d'un enfant, en offrant un livre...

Et j'avoue : j'ai larmoyé plusieurs fois (et pourtant ce n'est pas trop mon genre !).

"J'ai détesté les mots et je les ai aimés, et j'espère en avoir fait bon usage."

"J'aurais aimé parler à la voleuse de livre de la violence et de la beauté, mais qu'aurais-je pu dire qu'elle ne sût déjà à ce sujet ? J'aurais aimé lui expliquer que je ne cesse de surestimer et de sous-estimer l'espèce humaine, et qu'il est rare si je l'estime tout simplement. J'aurais voulu lui demander comment la même chose pouvait être à la fois si laide et si magnifique, et ses mots et ses histoires si accablants et si étincelants.
Rien de tel n'est sorti de ma bouche."


Editions Pocket jeunesse (2007)
560 pages