coup_de_coeur

Résumé 4ème de couverture

Fruit d'une alliance barbare et d'un grand amour déçu, Ludovic, enfant haï par sa trop jeune mère - Nicole et ses grands-parents, vit ses premières années caché dans un grenier. La situation ne s'arrange guère après le mariage de Nicole avec Micho, brave et riche mécanicien qui cherche à protéger Ludovic. Hantée par ses amours brisées, sombrant dans l'alcoolisme et méprisant son mari, la jeune femme fait enfermer son fils dans une institution pour débiles légers. Mais Ludovic n'est pas l'arriéré qu'on veut faire de lui. Il ne cesse de rêver à sa mère qu'il adore et qu'il redoute. Même une première expérience amoureuse ne parvient pas à l'en détourner. Son seul but, son unique lumière : la retrouver. S'enfuyant un soir de Noël, il trouve refuge sur la côte bordelaise, à bord d'une épave échouée, écrit chez lui des lettres enflammées qui restent sans réponse. Et c'est là-bas, sur le bateau dont il a fait sa maison, que va se produire entre Nicole et son fils une scène poignante de reconnaissance mutuelle - qui est aussi le dernier épisode de leurs noces barbares.


les_noces_barbares

Editions Folio (septembre 2008)
344 pages


Mes impressions

 Ce roman a été une lecture à la fois âpre et lumineuse.

Âpre… éprouvante… révoltante… comme les sentiments de Nicole vis-à-vis de Ludovic. Ce « fruit de ses entrailles » honni, dont l’image réveille les pires souvenirs. Ce fils en qui elle ne voit qu’un boulet et qu’elle n’a de cesse que de, au mieux ignorer, au pire détester, rabaisser et violenter.

«Elle rejeta la tête en arrière et le ton se fit plus dur.
Enfin quoi ! Ce n’est pas une vie un enfant comme toi. Renvoyé de partout, menteur, voleur, fouineur, on ne sait pas ce que tu penses… Jamais tu ne m’as appelée maman. Tu le sais au moins, que c’est moi, ta mère ?... Et même si tu le sais tu t’en fiches !... […]
Elle s’emportait, blême de rage, en regardant son fils qui se tassait sur la chaise et frissonnait sans rien dire.
… T’as raison alors ! C’est toi qu’as raison. Si tu veux pas parler, c’est que je suis pas ta mère. Et ça c’est vrai Ludo, c’est pas moi ta mère… Ah tu veux rien dire ! Et bien tu vas voir ! C’est un accident ta mère, t’entends, c’est comme si c’était toi, t’entends ?... Chaque fois que je te vois, chaque fois je les vois, tous les trois, je les entends, sous la lampe jaune, chaque fois que je te vois c’est les trois saloperies que je vois, c’est comme si c’était toi qui m’avais battue, violée, c’est pas moi ta mère, t’entends !... Ta mère, c’est les trois saloperies.
La voix était rauque, empoisonnée de haine.»

Lumineuse… déchirante… sauvagecomme l’amour désespéré que Ludo ressent pour sa mère. Un amour inconditionnel, proche de l’adoration, que la cruauté de Nicole ne fait qu’attiser davantage.

«Bras nus, lunettes noires, cheveux au vent, c’était une femme. Il aurait pu nommer entre mille cette foulée rapide et nerveuse, et plus elle approchait, plus son cœur battait, plus cette apparition qu’il n’avait espéré qu’en rêve entrait dans un instant réel faisant éclater son passé dans un cri : Nicole… sa mère… Elle arrivait… Elle répondait à sa lettre et venait enfin le chercher. Il la perdit de vue quand elle atteignit la coque et puis entendis jeter son nom. Il se prit les temps à deux mains, n’en pouvant plus d’émotion. Elle avait du passer la tête à l’intérieur du navire, elle appelait toujours mais il n’arrivait pas à bouger, son cœur lui faisait trop mal.»

Le tout servi par la plume magistrale de Yann Queffelec. A aucun moment l’auteur ne prend parti pour l’un ou pour l’autre. Nicole, malgré son incapacité à aimer son fils, malgré la violence originelle qu’elle lui inflige (on ne saura jamais si Ludo est « dingo » de naissance, s’il l’est devenu suite à « l’accident » dans les escaliers ou si les 7 années d’enfermement au fond du grenier en sont la cause) n’est jamais dépeinte comme un monstre. On ne peut que la détester et la plaindre à la fois pour le calvaire qu’elle a enduré, pour son incapacité à aimer son fils et à s’aimer elle-même.

Quant à Ludovic, oui il a quand même un grain. Oui l’amour qu’il ressent pour sa mère est si exclusif qu’il finit par couper le garçon du monde, si fou qu’il en devient pathologique et effrayant. Mais malgré tout, on ne peut que pleurer pour ce garçon qui paie trop cher une faute qu’il n’a pas commise.

Mais ce roman ne se limite pas aux noces barbares qui unissent Ludovic et sa mère. Autour d’eux gravite une galerie de personnages dépeint par Queffelec avec une justesse extraordinaire, qu’il s’agisse des grands parents maternels, véritables tortionnaires de Ludovic ; de Micho simple et d’une profonde humanité ; de Tatav, seul « ami » de Ludovic ; de la cousine Raskoff qui sous ses airs de bonne âme au service des innocents cache en fait une chefaillon despotique et manipulatrice.

Un immense coup de cœur, et un roman inoubliable !


Cette lecture fait partie du challenge 26 livres 26 auteurs 2011.

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