La_m_re

Le roman se déroule en Russie, après la révolution de 1905.

Il a pour personnage central Pélagie Vlassov. C'est une simple ouvrière qui a vécu de longues années difficiles, entre la dureté du travail à l'usine métallurgique et la tyrannie qu'exerce son mari Mikhaïl Vlassov. A la mort de celui-ci, sa vie prend un nouveau tournant : elle découvre que son fils chéri, Paul, a embrassé les idéaux socialistes et adhéré à un groupe de militants révolutionnaires. Quoi qu'effrayée des dangers qu'il encourt, elle se prend peu à peu d'affection pour les membres de son groupe. A leur contact, la femme simple, soumise à l'autorité de son mari et de la société, vivant dans la crainte et l'obscurantisme, va considérablement évoluer. Elle prend conscience que les injustices du système capitaliste ne sont pas une fatalité, elle devient une figure emblématique (la mère de tous les opprimés) et, lorsque Paul est emprisonné pour agitation sociale, va jusqu'à prendre part activement à l'action révolutionnaire.

 

Mes impressions

Gorki signe avec La mère un roman très fort, qui a eu une forte résonance dans les mouvements socialistes du début du 20ème siècle et qui a souvent été utilisé par le parti communiste russe à des fins de propagande. Au delà du simple portrait d'une femme qui gagne son émancipation et sa dignité à travers la lutte révolutionnaire, c'est un portrait sans concession des prémisses du système capitaliste, d'un monde ouvrier exploité, abruti de travail et ravalé au rang de main d'oeuvre corvéable à merci.

 Extraits

"Tous les jours, dans l’atmosphère enfumée et grave du faubourg ouvrier, la sirène de la fabrique jetait son cri strident. Alors, des gens maussades, aux muscles encore las, sortaient rapidement des petites maisons grises et couraient comme des blattes effrayées. Dans le froid demi-jour, ils s’en allaient par la rue étroite vers les hautes murailles de la fabrique qui les attendait avec certitude et dont les innombrables yeux carrés, jaunes et visqueux, éclairaient la chaussée boueuse. La fange claquait sous les pieds. Des voix endormies résonnaient en rauques exclamations, des injures déchiraient l’air ; et une onde de bruits sourds accueillait les ouvriers : le lourd tapage des machines, le grognement de la vapeur. Sombres et rébarbatives comme des sentinelles, les hautes cheminées noires se profilaient au-dessus du faubourg, pareilles à de grosses cannes.

[...] La fabrique engloutissait la journée, les machines suçaient dans les muscles des hommes toutes les forces dont elles avaient besoin. La journée était rayée de la vie sans laisser de traces ; sans s’en apercevoir, l’homme avait fait un pas de plus vers sa tombe ; mais il pouvait se livrer à la jouissance du repos, aux plaisirs du cabaret sordide, et il était satisfait."

Une version électronique complète du roman est en ligne ici.

 

Editions Le temps des cerises (novembre 2001)
354 pages

Ce roman fait partie du challenge Une année en Russie.