Les__mes_mortesRésumé

1820, province russe.

Pavel Ivanovitch Tchitchikov arrive dans un chef lieu de province, accompagné de Sélifane, son cocher, et de Petrouchka son domestique. Il fait la connaissance des notables locaux qui sont immédiatement charmés par son amabilité, son sens des convenances et l'aura de mystère qui l'entoure, et l'introduisent dans la bonne société locale.

L'engouement, voire l'adoration, des habitants pour Tchitchikov ne cesse de croître, jusqu'à ce qu'une étrange rumeur commence à se propager : l'homme passerait son temps libre à arpenter la campagne environnante, tentant de convaincre les hobereaux de lui céder leurs âmes mortes, c'est-à-dire les paysans décédés mais qui figurent encore sur les registres d'état civil et ont donc une existence légale sur le papier, à défaut de dans les faits.

 Les habitants réalisent alors que, derrière le masque de ses bonnes manières, Tchitchikov reste un étranger dont ils ignorent tout et aux motivations troubles.

 

Mes impressions

L'histoire de ce roman est une véritable épopée : inspiré d'une idée lancée par Pouchkine, il a valu à Gogol les foudres de la censure, qui n'a que moyennement apprécié le portrait au vitriol de la société russe du début du 19ème siècle. La version qui parait en 1842 est donc une version expurgée et bien atténuée, mais qui connaît un très grand succès et consacre Gogol comme l'un des plus grand auteur de son temps. Mais Gogol n'est pas entièrement satisfait de son oeuvre et entreprend d'en écrire une suite. Ce qui ne se fait pas sans difficulté : pendant près de 10 ans, Gogol essaie en vain d'accoucher de l'oeuvre dont il rêve. Parallèlement, il sombre dans la dépression et connaît une véritable crise mystique, qui donne à la seconde partie de son roman une tonalité bien différente de la première, bien moins cynique et désabusée. Au final, il meurt sans avoir terminé cette oeuvre, laissant derrière lui une première partie achevée (celle qui a été publiée en 1842 et correspond à la première partie de mon édition) et des fragments de la seconde (qui correspond à la seconde partie de mon édition).

Passés ces éléments de contexte, je vous livre mes impressions. Elles ne concernent que la première partie, la seule qui soit aboutie. Je laisse de côté les fragments qui, objectivement, ne sont pas représentatifs et qui sont d'une tonalité totalement différente de la première partie.

Autant être honnête, c'est avec une immense difficulté que je l'ai lu jusqu'au bout. La difficulté n'avait rien à voir avec le style de Gogol, qui est simple et incisif. Ni avec la complexité de l'intrigue puisque la trame narrative est très simple et redondante. Pour schématiser : Tchitchikov fréquente la bonne société, fait le tour de la petite noblesse des environs, déploie ses talents rhétoriques pour convaincre les hobereaux de lui céder (ou au pire de lui vendre) leurs âmes mortes, fait enregistrer les transactions auprès de l'administration locale. Il n'y a donc pour ainsi dire aucune action et les scènes sont très répétitives. C'est là qu'en ce qui me concerne, le bât blesse : il y avait si peu d'action que je me suis terriblement ennuyée, à chaque page je ne pouvais m'empêcher de regarder combien il en restait pour parvenir à la fin.

Seul, le talent que déploie Gogol pour dresser un portrait au vitriol de tous les protagonistes m'a permis de tenir jusqu'au bout. Personne n'est épargné, que ce soit Tchitchikov, caricature d'arriviste obséquieux, imbu de lui-même, mais d'une intelligence retorse, prêt à toutes les escroqueries pour s'enrichir et gagner la considération des autres. Ou la petite noblesse de province qui est dépeinte sous son plus mauvais jour et en devient emblématique des travers de la Russie (à la fois pingre, apeurée, jouisseuse jusqu'à l'excès, pleine de bons sentiments mais incapable de mener un projet jusqu'à son terme, grossière...). Les  hommes du peuple ne sont pas épargnés : Sélifiane le cocher est présenté comme un ivrogne fini (mais au fond pas mauvais bougre) et Pétrouchka le valet de Tchitchikov est repoussant de saleté et de paresse. Quant aux fonctionnaires, tous sont corrompus et ont comme seul objectif de servir leurs intérêts propres, à défaut de l'intérêt général. La plume de Gogol est acerbe, mordante et souvent très drôle ! Mais le portrait qu'il dresse est si pessimiste, si désespérant (parmi toute la palette de protagoniste, je n'en ai pas trouvé un seul qui soit digne d'admiration ou de sympathie) que, malgré toute la dérision de Gogol, cette lecture m'a miné le moral...

De plus, les apartés de Gogol en direction du lecteur, qui "sortent" complètement du roman et lui permettent d'exposer ses vues sur la censure ou sur le rôle d'un auteur, m'ont quel que peu perturbée. Je les trouve justes et pertinentes mais elles apportent une sorte de cassure à la narration et ralentissent le peu d'action que comporte le roman.

Au final, avis très mitigé. Ce roman est un classique, il a été encensé par la critique, il est dense et profond. Mais sa magie a été sans effet sur moi (je suis quand même relativement satisfaite d'en être venu à bout, vu que cela fait presque 5 ans qu'il m'attendait patiemment sur une étagère).

 

Éditions Gallimard, collection Folio (janvier 2001)
494 pages

 

Ce roman fait partie des challenges Une année en Russie 2011 et 26 livres - 26 auteurs 2011.

LogoUneAnneeEnRussie_2011  Challenge_ABC_2