4ème de couverture

"Ma charmante, mon inoubliable ! Tant que les creux de mes bras se souviendront de toi, tant que tu seras encore sur mon épaule et sur mes lèvres, je serai avec toi. Je mettrai toutes mes larmes dans quelque chose qui soit digne de toi, et qui reste. J'inscrirai ton souvenir dans des images tendres, tendres, tristes à vous fendre le coeur. Je resterai ici jusqu'à ce que ce soit fait. Et ensuite je partirai moi aussi."

 

Le_docteur_Jivago

Editions Folio (décembre 2005)
698 pages

 Mes impressions

Ce roman est si dense, si complet, que je serai bien en peine d'en faire un résumé court et cohérent: je pourrais dire que Pasternak nous entraîne à la suite de Youri Jivago, médecin et poète, dans ses histoires d'amour et de guerre. Mais ce serait extrêmement réducteur...

Car ce pavé roman est une immense fresque historique, sociale et sentimentale qui s'étend sur près de 40 ans (elle début aux alentours de la révolution avortée de 1905 et s'achève après la seconde guerre mondiale) et qui dépeint tous les grands sursauts de l'histoire russe (fin du tsarisme, révolutions de 1917, guerre civile, épuration...). Il n'est pas toujours simple d'accès, du fait du style souvent lyrique de Pasternak et de la multitude de protagonistes aux patronymes plus ou moins alambiqués et en constante interaction (il est fréquent que Pasternak présente brièvement un personnage secondaire (Térenti Galouzine par exemple) dont on n'entend plus parler pendant un long moment mais qui ressurgit 300 pages plus loin et qui s'avère alors indispensable à l'intrigue). Mais il mérite néanmoins qu'on s'accroche, ne serait ce que pour ne pas passer à côté de la vision nuancée de Pasternak concernant les révolutions russes et les sursauts de l'histoire qui l'ont suivie, incarnée  par les 4 personnages principaux du roman.

D'un côté, le héros éponyme, Youri Jivago, est une vraie figure humaniste : issue de la riche bourgeoisie russe, il est dans un premier temps un fervent défenseur de la révolution primitive qui marque la renaissance du peuple russe. Mais, confronté à la guerre, au chaos qui s'ensuivent, au durcissement des bolcheviks, il déchante rapidement, se réfugie dans la poésie et résiste à l'endoctrinement et à la pensée unique, conservant vaille que vaille sa liberté intellectuelle.

Face à lui, Strelnikov, le "Saint Just", le révolutionnaire inflexible et presque fanatique absolu, "le fusilleur" à qui la révolution donne les armes nécessaires pour combattre les injustices dont il a été témoin pendant sa jeunesse et purifier la société corrompue qu'il exècre. Étrangement, la droiture de ce personnage, sa volonté inflexible et son idéalisme forcené m'ont beaucoup plus touchée que le personnage de Jivago que j'ai trouvé plutôt velléitaire...

A ces deux conceptions du monde, Pasternak confronte le personnage de Komakorski, l'opportuniste qui louvoie et tire parti de toutes les situations, véritable mauvais génie à l'origine directe ou indirecte des malheurs des autres personnages.

Au milieu de ces trois hommes, on retrouve Larissa, l'incarnation de la femme. Elle est belle, forte et intelligente. Mais elle n'est jamais maitresse de son destin, toute sa vie elle n'est au final qu'un jouet entre les mains des trois hommes qui, pour chacun d'entre eux, l'aime à sa manière mais ne fait qu'involontairement la précipiter vers le malheur.

Au final, j'ai beaucoup aimé cette lecture qui m'a plongée dans une histoire passionnante, faite d'amour, d'espoir et de violence.

Un bémol concernant cette édition : l'une des premières pages du livre, avant même la première ligne du roman, est une liste des personnages. C'est bien pratique pour identifier qui est qui... Sauf que cette liste révèle des éléments clés de l'intrigue. Et cela m'a très très fortement contrariée de découvrir (entre autres) l'identité de Strelnikov avant même d'avoir entamer le roman ! !

 

Ce roman fait partie des challenges 26 auteurs 26 livres 2011, Une année en Russie et du challenge des Nobel (Pasternak a obtenu le prix Nobel de littérature en 1958 mais a été contraint de refuser cette distinction, par crainte de sanctions de l'Union soviétique).

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