4ème de couverture

" Ecoutez, mes sœurs ! Ecoutez cette rumeur qui emplit la nuit ! Ecoutez... le bruit des mères ! Des choses sacrées se murmurent dans l'ombre des cuisines. Au fond des vieilles casseroles, dans des odeurs d'épices, magie et recettes se côtoient. Les douleurs muettes de nos mères leur ont bâillonné le cœur. Leurs plaintes sont passées dans les soupes: larmes de lait, de sang, larmes épicées, saveurs salées, sucrées. Onctueuses larmes au palais des hommes !

Frasquita Carasco a dans son village du sud de l'Espagne une réputation de magicienne, ou de sorcière. Ses dons se transmettent aux vêtements qu'elle coud, aux objets qu'elle brode : les fleurs de tissu créées pour une robe de mariée sont tellement vivantes qu'elles faneront sous le regard jaloux des villageoises; un éventail reproduit avec une telle perfection les ailes d'un papillon qu'il s'envolera par la fenêtre: le cœur de soie qu'elle cache sous le vêtement de la Madone menée en procession semble palpiter miraculeusement... Frasquita a été jouée et perdue par son mari lors d'un combat de coqs. Réprouvée par le village pour cet adultère, la voilà condamnée à l'errance à travers l'Andalousie que les révoltes paysannes mettent à feu et à sang, suivie de ses marmots eux aussi pourvus - ou accablés - de dons surnaturels... Le roman fait alterner les passages lyriques et les anecdotes cocasses on cruelles. Le merveilleux ici n'est jamais forcé : il s'inscrit naturellement dans le cycle tragique de la vie."

 

Couverture_le_coeur_cousu

Editions Gallimard (juin 2007)
431 pages

 

Mes impressions

Ce livre a été une excellente surprise, un véritable enchantement, une bouffée d'air frais. J'ai adoré l'histoire de cette couturière  belle et forte, dont les doigts de fée réussissent quasiment à donner vie aux vêtement qu'elle coud et qui magnifient le corps et le coeur des femmes. Qui traverse l'Espagne et la méditerranée, suivie par sa ribambelle d'enfants, tous dotés de talents plus extraodinaires et tragiques les uns que les autres.

Dès les premières pages, l'histoire racontée par Soledad / Anita / l'auteur m'a irrésistiblement fait penser à Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. J'ai retrouvé la poésie, la chaleur et l'apreté du sud chères à Marquez, mêlées à un soupçon de magie et de sorcellerie.

 

Extraits

"Bombarder de couleurs le village étouffé par l'hiver. Broder à même la terre gelée des fleurs multicolores. Inonder le ciel vide d'oiseaux bigarrés. Barioler les maisons, rosir les joues olivâtres de la mère et ses lèvres tannées. Elle n'aurait jamais assez de fil, assez de vie, pour mener à bien un tel projet."

"Mais qui du livre ou de sa lectrice dévorait l'autre ?"

"Son sac à couture aux couleurs de l'oliveraie en bandoulière, ma mère entra dans la petite grotte où reposait Salvator. Elle salua à peine Eugenio et observa longuement à la lumière le visage déchiré.

Elle choisit parmi les bobines dont elle avait hérité un fil très fin et très solide, recourba l'une des aiguilles et se mit à l'ouvrage. Malgré le sang, elle travailla la peau à petits points aussi tranquillement que s'il se fut agi d'une étoffe.Alors qu'elle commençait à sentir sa vue se brouiller tant ses yeux étaient fatigués dans la pénombre, l'homme à l'oliveraie et son habit déchiré par les ergotsde fer lui reveinrent en mémoire. Ce jour là, pour la première fois elle avait raccomodé un homme, lui rendant son ombre et son désir, mais les points n'avaient pas été assez solides puisqu'il était sorti de chez elle une fois la dette payée, puisqu'il ne l'avait pas suivie sur les chemins, puisqu'elle avait vu son ombre s'ébattre seule sur les murs bien après que le corps eut abandonné la place."

 

Ce roman fait partie du challenge 26 auteurs 26 livres 2011.

Challenge_ABC_2