le_fusil_de_chasse4ème de couverture

Le fusil de chasse raconte l’histoire d’une liaison entre un homme marié, Josuké, et une jeune femme divorcée, mère d’une grande fille. Trois lettres, trois récits à la première personne forment les trois faisceaux du drame.

Il y a une lettre de la jeune fille qui expose à Josuké qu’elle a lu le journal de sa mère et qu’elle sait comment et pourquoi celle-ci est morte. Il y a la lettre de la femme légitime qui explique pourquoi elle ne le reverra plus. Il y a la lettre de la maitresse écrite avant le suicide. Au centre, omniprésent, l’homme solitaire avec son fusil de chasse. De lettre en lettre, le lecteur découvre les différents aspects de cette tragédie.

C’est tout à la fois brûlant et glacé, et d’une intensité qui justifie la brièveté de ce surprenant roman. 

 

Mes impressions

Après la déception de Les chemins du désert, ce roman m’a réconciliée avec Yasushi Inoue : j’ai enfin pu me laisser porter par son écriture simple et élégante et entrer dans cette histoire. Pourtant, l’histoire en elle-même est plutôt commune mais Inoue dresse un portrait si fin et si juste des 5 protagonistes qu’il réussit à la magnifier (j’écris 5 car, outre le chasseur, son épouse, sa maitresse et la fille de cette dernière, il faut également compter l’ex mari, à peine évoqué par la maitresse et sa fille, mais qui pourtant joue un rôle non négligeable.) De tels protagonistes pourraient figurer en bonne place dans un vaudeville. Mais avec Inoue, rien de tel : ce quintet est au contraire le centre d’une véritable tragédie qui dure depuis presque 10 ans et dont le suicide de Saïko, et les révélations qui s’ensuivent, sont le point d’orgue. Cette tragédie est faite de désir, de souffrance, de désillusions et de solitude. Mais elle permet également aux trois femmes de prendre conscience de qui elles sont vraiment, de dresser un bilan et de commencer une nouvelle vie (ou au contraire de mettre fin à une vie de mensonge).

Ainsi, la jeune fille, Shoko, découvre sa mère sous un jour nouveau qui met à mal ses certitudes et la confronte à un monde dur et hypocrite. C’est douloureux, mais cela lui permet de grandir et de prendre son envol, de se « dégager des décombres du péché sous lesquels [sa] mère a été écrasée. »

"Jusqu’à présent, je croyais que l’amour était semblable au soleil, éclatant et victorieux, à jamais béni de Dieu et des hommes. Je croyais que l’amour gagnait peu à peu en puissance, tel un cours d’eau limpide qui scintille dans toute sa beauté sous les rayons du soleil, frémissant de mille rides soulevées par le vent et protégé par des rives couvertes d’herbe, d’arbres et de fleurs. Je croyais que c’était cela, l’amour. Comment pouvais-je imaginer un amour que le soleil n’illumine pas et qui coule de nulle part à nulle part, profondément encaissé dans la terre, comme une rivière souterraine ?"

Il en est de même pour Midori, la femme légitime, bafouée, qui a vu ses espoirs de jeune mariée balayés par l’adultère et qui, après 10 ans trouve enfin le courage de quitter son mari et le lui annonce dans une lettre glaçante.

Mais la lettre qui m’a le plus touchée est celle de Saïko. Sensible, pleine d’amour et de gratitude pour le chasseur, elle est malgré tout cruelle et souligne les ambigüités d’une femme qui, parce qu’elle a vécu une vie heureuse, décide de mourir.

"Quand leur vie prend fin, quand elles reposent en paix, le visage tourné vers le mur de la mort, - la femme qui peut prétendre avoir pleinement goûté le bonheur d’être aimée et la femme qui peut affirmer avoir aimé, si malheureuse qu’elle ait vécu , - à laquelle Dieu accorde-t-il le repos véritable, la paix éternelle ?"

Ce roman fait partie du challenge épistolaire et du challenge In the mood for Japan.


challenge_In_the_mood_for_Japan  challenge__pistolaire

Editions Stock, bibliothèque cosmopolite (octobre 1987)
92 pages
Traduction du japonais par Sadamichi Yokoö, Sanford Goldstein et Gisèle Bernier