L'une des protagonistes du roman Dracula l'Immortel n'est autre que la comtesse Bathory, personnage souvent associé au phénomène du vampirisme et que je connais très mal. J'ai donc eu envie d'en savoir un peu plus sur elle...

4ème de couverture

"La France a eu Gilles de Rais, la Hongrie Erzsébet Bathory. Avec un grand talent d'écrivain, Valentine Penrose fait revivre cette histoire de sang, de mort et de délire. Son livre ne nous fait pas seulement pénétrer dans les sinistres chambres de torture où périrent peut-être plus de six cents jeunes filles. Il ne nous montre pas seulement les malheureuses, nues et torturées. Et nous n'assistons pas seulement à ces hallucinantes scènes de démence au cours desquelles Erzsébet Bathory, aidée par de grimaçantes sorcières tortionnaires, hurle de volupté, tandis que sur ses épaules coule le sang encore chaud de ses jeunes et belles victimes. Valentine Penrose s'est penchée sur ce gouffre qu'est l'âme de son effroyable héroïne, sur cette âme obscure, tragique, possédée."

La_comtesse_sanglante___couverture

Editions Gallimard (2010),
collection L'imaginaire, 235 pages

 

La vie de la comtesse

La petite Erzsebeth nait en 1560 dans une ancienne et prestigieuse famille de la noblesse hongroise. A l'age de 11 ans, elle est envoyée dans la famille de celui qui sera son époux, le comte Ferenc Nádasdy, et c'est sa belle mère, une femme pieuse et austère qui poursuit son éducation, afin de faire d'elle la parfaite épouse. A posteriori, on peut considérer que c'est loupé...

A l'âge de 15 ans, elle épouse Nádasdy et s'installe au château de Csejthe qui sera à la fois son refuge, le théâtre de nombre de ses meurtres et sa prison. Malgré son mariage, Erzsebeth est souvent seule car la principale occupation de son mari est de guerroyer contre les Turcs, ce qui lui vaut le surnom de "héros noir de la Hongrie". Elle a donc les mains parfaitement libres pour diriger sa maison. Même pendant les périodes où son mari est présent, il semble qu'il se préoccupe peu des affaires domestiques, soucieux de préserver sa tranquillité et de ne pas contrarier sa si belle et si froide épouse. Il décède à l'âge de 47 ans, en 1604, laissant derrière lui une veuve pas vraiment éplorée et 3 enfants. Elle a désormais les mains totalement libres pour vivre comme elle l'entend.

Depuis plusieurs années déjà, des rumeurs circulent sur son compte. On dit que les jeunes filles engagées pour servir au château n'en reviennent jamais et que des enterrements ont lieu la nuit (les bains de sang ne figurent pas dans les procès-verbaux du procès). Mais il faut attendre 1610 pour qu'un procès ait lieu. Trois complices de la comtesse sont condamnées à la torture puis à la mort, tandis qu'Erzsebeth est assignée à résidence dans sa chambre au château de Csejthe.Elle y meurt le 21 août 1614.

Au final, le nombre de victimes de la comtesse reste inconnu, les estimations allant de 36 à plus de 600.

 

Erzebeth_Bathory


Mes impressions

Difficile à dire : ce roman est à la fois foisonnant d'informations et finalement peu prolixe concernant la comtesse elle-même. Valentine Penrose admet dès les premières pages que les sources historiques concernant la comtesse sont peu importantes. D'une part, elle n'a jamais été jugée publiquement, son appartenance à l'une des plus grandes familles de la noblesse hongroise et sa parenté avec le roi ayant dissuadé celui-ci de faire trop de publicité autour des méfaits de sa sanglante parente (ce qui lui a d'ailleurs permis d'échapper à la mort, à la différence de ses complices, et d'être "simplement" emmurée dans son château). D'autre part les soubresauts de l'histoire hongroise ont fait que les rares textes existants ont disparus ou subsistent dans un état particulièrement mauvais.

C'est sans doute la raison pour laquelle l'auteur accorde une très grande importance au contexte historique plus qu'à la comtesse elle-même. Par de très nombreuses (parfois trop nombreuses) descriptions et un style un peu désuet et très fouillé, elle dépeint le 16ème siècle hongrois d'une manière passionnante : la guerre perpétuelle entre la Hongrie et les Ottomans, le clan quasiment omnipotent des Bathory et des Nádasdy, la coexistence du catholicisme romain et du protestantisme qui s'affirme sans toutefois faire disparaitre la paganisme traditionnel, la folie congénitale des Bathory, les richesses de la noblesse, la cruauté et la barbarie des mœurs de l'époque, les superstitions, l'immense intérêt pour la sorcellerie, le pouvoir des pierres, des plantes...

En revanche concernant la comtesse, hormis les quelques éléments biographiques avérés, il faut admettre que Valentine Penrose présente beaucoup de conjectures concernant son état d'esprit et ses motivations mais que celles-ci restent assez obscures. La folie congénitale et les crises d'hystérie (voire de possession démoniaque) n'expliquent pas tout. Et la cruauté naturelle, une certaine mégalomanie alliée à un sentiment d'impunité et à un sadisme certain, la superstition étaient des traits de caractère assez répandus qui ne justifient tout de même pas le massacre de plus de 300 jeunes filles... Valentine Penrose tente d'apporter des éléments d'ordre psychologique mais, d'une part j'ai trouvé qu'elle se répétait un peu trop à mon goût, et d'autre part elle n'a pas vraiment l'acuité de Stefan Zweig qui excelle dans l'art de se plonger dans la psychologie des grands personnages historiques

Au final, Erzebeth Bathory reste pour moi un véritable mystère.

 

La comtesse Bathory a également inspiré les cinéastes :

Ectac

 

Ce livre fait partie du Serial killer's challenge.

Challenge_Serial_Killer

Et vous, qu'en avez vous pensé ?