4ème de couverture

Le lieutenant tombe à son tour. “Si je meurs, ne me laisse pas ici”, murmure l’officier à son ordonnance, le chasseur alpin Calusia. C’est un Bergamasque puissant, au visage innocent et bon, qui balbutie en dialecte quand il est ému, et rougit. “Ne me laisse pas ici, Calusia, ramène-moi chez moi, à Naples. Chez ma mère. Palazzo Pignatelli, Monte di Dio, Naples...”

1943, Calabre, Italie. Après le renversement de Mussolini et la signature de l’armistice, l’ordonnance Calusia promet à son lieutenant de le ramener chez lui, quoi qu’il en coûte. Commence un long voyage qui le mènera sur les chemins de la désolation et du chaos. Sans perdre espoir, Calusia poursuivra sa route et découvrira ce que l’humanité a de plus vil, mais aussi de plus noble.

 

Le_compagnon_de_voyage___couverture

Editions Folio (septembre 2010)
76 pages
Traduction de l'italien : Carole Cavallera

 

Mes impressions

Un très, voire trop, court roman qui nous plonge dans le chaos et la désolation qui suivent la défaite italienne. Ce portrait d'une Italie en proie à tous les voleurs, trafiquants, maquerelles est très réaliste, voire cynique par moment. Heureusement, un peu d'espoir surgit, notamment grâce à Calusia et à la belle Mariagiulia, son pendant féminin.

Le lecteur suit les pérégrinations de Calusia, le simple chasseur alpin bergamasque un peu naïf qui se transforme au fil des pages en incarnation de l'idéal italien : pauvre et inculte, mais loyal, fidèle, courageux, d'une immense grandeur d'âme et prêt à se battre pour défendre l'orpheline et la veuve.

Pourtant, le portrait que dresse de lui Malaparte au début du roman, avec tendresse et ironie, ne fait pas de lui un héros : naîf , renfermé et un peu benêt  (il se bat car il en a reçu l'ordre, il admire le lieutenant non pas du fait de ses qualités intrinsèques mais parce que son "humble condition de soldat d'origine paysanne est comme rachetée, honorée par la noblesse de [l']officier"). Mais, confronté à la misère tant matérielle que morale qu'il croise le long de son périple, il gagne en lucidité et s'affirme comme seul véritable homme avec un grand H. Au final, la révélation concernant les vraies origines sociales du lieutenant opère un basculement, la noblesse d'attitude de l'officier n'étant que poudre aux yeux par rapport à la noblesse d'âme de Calusia.

Au final, j'ai beaucoup aimé le style clair et incisif de Malaparte et ce roman, à tel point que j'aurais aimé qu'il se poursuive encore au delà de la 76ème page...

 "Pourquoi n'avez vous pas défendu votre pain contre les voleurs ? Quand un peuple perd la guerre, les voleurs le dévorent vivant. Ils vous volent votre pain et vous restez là à regarder ! Je suis un pauvre diable, comme vous, j'ai accompli loyalement mon devoir de soldat, ce n'est pas ma faute, ce n'est pas votre faute si nous avons perdu la guerre. Mais la guerre contre les voleurs, je ne veux pas la perdre, parce que ce sont eux les pires ennemis de l'Italie. [...]
- On ne peut rien y faire, les voleurs sont plus forts que nous.
- C'est pas vrai ! crie Calusia, les voleurs sont forts parce que vous êtes des moutons."


Un grand merci aux éditions Folio et à Livraddict de m'avoir fait découvrir ce livre !

Folio       livraddict_logo_small

 

Et vous, qu'en avez vous pensé ?