Tarass_Boulba___couverture

 

4ème de couverture :

"Un épisode imaginaire de la lutte des cosaques contre les Polonais dans l'Ukraine du XVIIe siècle. Le vieux Taras Boulba, cosaque des temps héroïques, après avoir initié à la guerre ses deux fils, perd l'aîné sous les coups de l'ennemi et tue de ses propres mains le cadet qui, amoureux d'une Polonaise catholique, a trahi sa famille et la foi orthodoxe. À la suite de deux grandes batailles, Taras Boulba est fait prisonnier et meurt brûlé vif sur le bûcher. La réussite du récit, écrit par Gogol quand il a à peine vingt-six ans, tient à ce que le souffle épique y côtoie sans cesse la truculence quasi rabelaisienne de la fête, des beuveries cosaques, mais aussi l'évocation poétique d'une Ukraine primitive."                                             

 

Qu'est ce que j'en ai pensé ?

Ce court roman (environ 200 pages) est une étude historique et sociologique du mode de vie des cosaques. Gogol présente leur mode d'organisation sociale et politique : en chaque ukrainien sommeille un cosaque qui, périodiquement, abandonne femme et emploi pour rejoindre la Setch. Ce campement principal des cosaques est dressé sur une île du Dniepr ; il est dirigé par des kourény (assemblées) et un kochévoï élu (fait rarissime pour l'époque) et la vie en communauté est la règle. Là, tout cosaque s'entraine au maniement des armes et à la guerre, festoie et "s'adonne avec l'enthousiasme d'un fanatique aux charmes d'une vie de liberté menée en commun avec ses pareils, qui, comme lui, n'avait plus ni parents, ni famille, ni maison, rien que l'air libre et l'intarissable gaieté de leur âme." Mais la grande affaire des cosaques est la guerre, "parce qu'il est indigne d'un gentilhomme de ne pas faire la guerre" : guerre contre les Turcs, les Tatars ou les polonais, pour défendre la religion russe orthodoxe, pour lutter contre les atteintes à l'honneur et à l'esprit russe ou uniquement parce que celui qui n'a pas fait la guerre n'est pas un homme.

Les valeurs guerrières sont particulièrement glorifiées :  fraternité et solidarité entre cosaques, vaillance et courage au combat, vie proche de la nature mais également fanatisme religieux, absence de pitié pour les ennemis et pour les traitres. Au contraire, les valeurs plus "domestiques" sont dénigrées : la pauvre épouse de Taras Boulba est rudoyée par son mari lorsqu'elle pleure le départ de ses fils, il n'y pas de place pour la douceur et l'amour. Seuls l'amour et la fierté paternels sont acceptés mais le père n'aime ses fils que pour leurs vertus guerrières supposées.

Mais ce roman est également une ode à la Russie, ses paysages et ses steppes, mais surtout à "l'esprit russe" dépeint par Gogol : un esprit fier, inflexible et qui se battra toujours pour sauvegarder ce qui le rend unique.

"La nation entière s'était levée pour venger leurs droits insultés, leurs mœurs ignominieusement tournées en moquerie, la religion de leurs pères et leurs saintes coutumes outragées, les églises livrées à la profanation ; pour secouer les vexations des seigneurs étrangers, l'oppression de l'union catholique, la honteuse domination de la juiverie sur une terre chrétienne, en un mot, pour se venger de tous les griefs qui nourrissaient et grossissaient depuis longtemps la haine sauvage des cosaques."

Néanmoins, même remis dans le contexte de l'époque, certains aspects restent assez dérangeants pour une lectrice du 21ème siècle, et notamment certains faits d'armes glorifiés mais qui seraient aujourd'hui considérés comme des crimes de guerre ; le crime d'honneur, seul le sang d'Andry permettant de laver l'honneur bafoué du père et le regard de Gogol sur le peuple juif plein de poncifs mais qui montre quand même l'état d'esprit de l'époque (ce n'est pas pour rien que les pogroms étaient particulièrement nombreux en Russie).

 

En conclusion, j'ai plutôt aimé le style de Gogol et j'ai trouvé ce roman particulièrement instructif. Je comprends mieux pourquoi les slavophiles l'ont porté aux nues lors de sa parution. 

 

Ce roman fait partie du challenge Une année en Russie.

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